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ILLUSIONS POLITIQUES ET DÉMOCRATIE

      À chaque élection, les animaux politiques nous rassurent, en instaurant un  dialogue entre les élites et le peuple, en réaffirmant une vraie démocratie, un nouveau pacte social, dans une classique mise en scène : un tribun cadré en plan américain s’épanche, la foule en délire agite des drapeaux tricolores, notre fierté, et scande le nom d’un élu, le futur président de la république.

    Une phrase de Lamartine me revient à l’esprit : «Si vous m'enlevez le drapeau tricolore, sachez-le bien, vous enlevez la moitié de la force extérieure de la France».

    Mais penchons-nous ne serait-ce qu’un peu sur le passé, en l’occurrence le berceau de notre civilisation : depuis l’Antiquité, la naissance de la démocratie a révélé l’art des sophistes, ces beaux-parleurs qui enseignaient à prix d’or l’éloquence et la rhétorique, pour un procès, un discours à l’Assemblée, un débat…Tous les moyens étaient bons. L’on enseignait l’art du mensonge, et si l’on se risquait à dire la vérité, l’on perdait la vie, Socrate symbolisant toujours l’impuissance de ce  régime falsifié, tronqué, travesti.

     Pour illustrer cette problématique, faisons référence à l'allégorie de la caverne de Platon, un passage emblématique de "La République". Dans cette allégorie, Platon nous décrit des prisonniers enchaînés dans une caverne, contraints de ne voir que des ombres projetées sur une paroi, créées par des objets et des personnes passant devant un feu situé derrière eux, ces ombres constituant leur seule réalité, bien qu'elles ne soient que des illusions.

Le parallèle avec notre contexte politique est frappant:

Les citoyens, tels les prisonniers de la caverne, sont le plus souvent exposés à des illusions soigneusement orchestrées par les politiciens et les médias. Les discours, les promesses électorales et les mises en scène publiques sont autant de projections d’une réalité altérée, des ombres qui façonnent notre perception de la politique et de la démocratie.

Ces mises en scène politiques, où les foules en délire acclament un leader sous les drapeaux tricolores, rappellent les ombres sur la paroi de la caverne. Les citoyens, bercés par les discours éloquents et les promesses de changement, voient une réalité idéalisée qui masque souvent des intentions plus complexes, des jeux de pouvoir et des manipulations. Comme les prisonniers de la caverne, beaucoup ne voient pas au-delà des apparences, pris au piège d'une réalité fabriquée.

Platon souligne qu’un prisonnier libéré et exposé à la lumière du jour découvrirait progressivement la véritable réalité, bien différente des ombres qu’il connaissait. Ce processus douloureux et difficile symbolise la quête de la vérité et de la connaissance. Appliqué à notre époque, il implique une prise de conscience critique de la part des citoyens, une volonté de dépasser les discours faciles et les images séduisantes pour comprendre les vérités sous-jacentes de la politique.

     Cependant, comme dans l’Antiquité, ceux qui tentent de dévoiler la vérité et de dénoncer les mensonges peuvent se heurter à une forte opposition. Socrate, figure emblématique de la quête de vérité, a payé de sa vie son refus de se plier aux illusions de son temps. Aujourd'hui encore, les lanceurs d'alerte et les journalistes d'investigation qui cherchent à révéler la réalité des coulisses politiques s'exposent à des risques et à des représailles.

L’allégorie de la caverne et l’histoire de Socrate nous rappellent que la démocratie, pour être véritablement vivante et authentique, doit encourager la quête de vérité et la critique des illusions.

    Il est donc  essentiel que les citoyens développent un esprit critique, qu’ils s’informent de manière indépendante et qu’ils remettent en question les discours officiels et les mises en scène politiques.

     En conclusion, à chaque élection, derrière les drapeaux tricolores et les foules en liesse, se cache une réalité plus complexe, souvent voilée par des illusions soigneusement entretenues. En nous inspirant de l’allégorie de la caverne de Platon, nous pouvons comprendre l'importance de la vigilance et de la quête de vérité pour ne pas être les prisonniers des ombres projetées par les sophistes modernes. La démocratie, pour être véritable, devrait donc s’appuyer sur des citoyens éclairés, capables de voir au-delà des apparences et de questionner les récits dominants, pour voter en toute connaissance de cause. Or, le 7 juillet 2024, qui les Français exhorteront-ils pour nous représenter, lors des prochaines élections législatives ? La France sera-t-elle le nouveau laboratoire des populismes et de la haine, avec toutes ses dérives ? Demain, que restera-t-il à toutes ces foules pour faire entendre leurs voix ? Ressusciteront-ils d’outre-tombe les vieux démons du nationalisme, du fascisme, du nazisme ?  À cette vague populiste et xénophobe qui gangrène  le Vieux Continent,  que doit répondre l’écrivain ?  Chanter  comme Houellebecq la fin des illusions et le désenchantement ? Se revendiquer honteusement xénophobe ? Refuser aux hommes le droit de migrer pour trouver un monde meilleur. Après tout, n’est-ce pas ce qui a toujours animé l’être humain, la quête d’un ailleurs identifiable au bonheur ? Ailleurs, l’un des plus beaux mots de la langue française…

***

      Souvenons-nous des polémiques suscitées à l’approche de chaque élection, depuis 2017.

     Le 10 mars, une polémique avait éclaté autour du candidat centriste Emmanuel Macron. La direction de la communication du parti des Républicains, alors dirigé par François Fillon, avait  diffusé une affiche représentant Macron avec des codes visuels rappelant la propagande antisémite des années 30 : nez crochu, faucille, chapeau haut de forme et cigare. Cette caricature avait immédiatement suscité une vive réaction.  Bernard Accoyer, secrétaire général de ce  parti, avait présenté des excuses publiques aux Français. Cette affaire n'était pas un cas isolé. Elle faisait écho à une série de déclarations et de gestes qui avait marqué cette période électorale par un retour inquiétant de discours xénophobes et antisémites.

Des candidats et leurs partisans ont souvent utilisé des rhétoriques qui attisent la peur de l'autre, jouant sur les tensions sociales et les préjugés. Cette élection de 2017 avait montré que les fantômes du passé ne sont jamais loin. Les attaques xénophobes et antisémites avaient servi de rappel brutal des divisions persistantes dans la société française et de la nécessité de vigilance constante pour préserver les principes de respect et d'inclusion. Ces polémiques avaient également souligné l'importance de la dignité et de la responsabilité dans le discours politique, alors que les candidats s'efforçaient de convaincre un électorat de plus en plus méfiant et polarisé.

 

     Rappelons-nous l’échec de Jospin, candidat socialiste malheureux qui avait dû abandonner la vie politique après son échec aux présidentielles de 2002, lorsqu’il avait été écarté dès le premier tour, laissant la voie libre à Chirac.

Les Français étaient descendus massivement dans la rue pour dire non à Le Pen.

À ce moment-là, l’espoir d’un changement et la croyance dans les valeurs de la démocratie avaient triomphé.

     

     Souvenons-nous de l'élection présidentielle de 2022 en France qui  avait été marquée par une intensification des débats politiques et une polarisation accrue de l'électorat. Les thèmes de la xénophobie et de l'antisémitisme avaient de nouveau occupé une place centrale dans la campagne, avec des candidats exploitant les peurs et les divisions pour gagner des voix; en privilégiqnt la forme sur le fond, en présentant des solutions simplistes à des problèmes complexes pour séduire l'opinion publique.

     L'un des exemples les plus marquants fut la montée en puissance de certains candidats qui, malgré des discours souvent controversés et divisifs, avaient  réussi à capter l'attention des médias et à s'imposer dans le débat public. 

     Ainsi, Éric Zemmour, journaliste et essayiste controversé,  avait su capter l'attention des médias et s'imposer dans le débat public grâce à ses prises de position tranchées sur l'immigration, l'islam et l'identité nationale. Bien que ses discours aient souvent été perçus comme polémiques et divisifs, ils lui avaient permis de se distinguer des autres candidats et de devenir une figure centrale de la campagne présidentielle.

En participant régulièrement à des émissions de télévision et en publiant des ouvrages provocateurs, il avait su créer un buzz médiatique autour de ses idées. Les médias, attirés par ses déclarations choc et sa capacité à susciter des réactions fortes, ont largement couvert ses apparitions et ses discours. Cette couverture médiatique a non seulement augmenté sa visibilité mais a également légitimé sa candidature aux yeux d'une partie de l'électorat.

Sa campagne  avait été caractérisée par l'exploitation des peurs et des divisions au sein de la société française. En se focalisant sur des thèmes sensibles tels que l'immigration et la sécurité, il avait su toucher une corde sensible chez de nombreux électeurs préoccupés par ces questions. Ses discours alarmistes, bien que critiqués pour leur caractère incendiaire, avaient réussi à mobiliser une base électorale significative, démontrant comment des positions controversées peuvent être politiquement payantes dans un climat de méfiance et de polarisation. Mais Zemmour avait également illustré la manière dont l'apparence et la réputation peuvent surpasser le fond et le mérite. Sa capacité à se présenter comme un outsider de la politique traditionnelle, un intellectuel en guerre contre le politiquement correct, avait renforcé son image auprès de ceux qui se sentent déconnectés des élites politiques. Cette image, soigneusement construite et maintenue, avait été cruciale pour son succès médiatique et politique, même si elle reposait souvent sur des simplifications et des provocations plutôt que sur des propositions politiques détaillées et réalisables.

 

     Cette stratégie, bien que critiquée par de nombreux observateurs, a prouvé son efficacité dans une société où l'image et la réputation semblent parfois avoir plus de poids que la probité et le travail acharné.

      Mais demain ?

 

   La France, le cœur du vieux continent gouverné par un parti d'extrême droite, c’était inimaginable il y a quelques décennies. Depuis cette date historique du cinq octobre 1972, lorsque, devant une centaine de personnes, sous l’égide d’Ordre nouveau, ce groupuscule a été créé, il y a plus d'un demi-siècle, personne n’a su résister à sa terrible ascension !

«Il faut faire un parti révolutionnaire. Blanc comme notre race, rouge comme notre sang et vert comme notre espérance», avait lancé à la tribune, François Brigneau, l’un des fondateurs, engagé dans la Milice.

Fondé sur l’idéologie de la «préférence nationale», le parti frontiste attendait son heure.

Fidèle au principe de souveraineté, ce parti a toujours martelé le même message : la France doit retrouver sa souveraineté, sa monnaie nationale, ses frontières, son modèle économique et social.

En martelant cette idéologie, il a su imposer ses idées et ses valeurs dans les médias. En ce sens, il avait déjà intellectuellement gagné une victoire.

En acceptant la marche de l’Histoire avec fatalité, le jour historique du vote, la crise économique, le chômage, l’immigration et le chaos favoriseront hélas le retour du nationalisme, tout comme pendant la grande crise des années trente.

***

      Résisterons-nous aux dictatures et au fascisme en Grande-Bretagne, en Hollande, en Italie, en Hongrie, en Roumanie ? Dans notre patrie des Lumières ? Abandonnerons-nous les valeurs et les principes de l’instruction publique et laïque qu’avait définis Talleyrand en septembre 1791 : la politique de combat de la France sera-t-elle un souvenir de l’engagement de la France qui avait su trouver la voie d’une éducation moderne ?

 

     Et demain, dans toute l’Europe, si nous ne faisons rien,  plus rien n’arrêtera l’ascension des partis extrémistes ; d’ailleurs, elle est bien lointaine l’époque qui laissait entrevoir la honte de ceux qui votaient pour les partis d’extrême droite : dans les communes, les départements et les régions, les scores dérisoires les soirs d’élection, les journalistes débusquaient les coupables du vote de la honte et l’on glosait sur la monstruosité de leur acte supposé taché d’incivilité. Une séquence de La Haine de Mathieu Kassovitz, fiction réalisée en 1995, a immortalisé  cette honte.

 

   En ces temps troubles où dominent la xénophobie, le racisme et l'antisémitisme, cette caricature d'un candidat à la présidentielle de la France, qui émanait du parti Les Républicains, nous rappelle combien il est urgent de développer aujourd’hui la pensée historique (questionnement et interprétation des sources) et la conscience historique (sentiment d’appartenance à l’Histoire).

 

***

    Aujourd'hui, dans ce contexte, la situation politique, les stratégies de communication, et la dynamique interne des partis contribuent à une étonnante discrétion des critiques sur une éventuelle nomination de Jordan Bardella à Matignon.

Pourtant, sa nomination pourrait comporter plusieurs risques et susciter diverses réactions qui pourraient avoir des conséquences importantes pour la France.

Fracture Politique et Sociale

     La nomination de Bardella, parce qu'il est issu du Rassemblement National (RN), pourrait accentuer la polarisation politique en France. Le RN est un parti clivant, controversé avec des positions fortes sur l'immigration, la sécurité et l'identité nationale, qui divisent profondément l'opinion publique.

Mobilisation des Opposants

     Une nomination à un poste aussi important pourrait provoquer une forte réaction de la part des opposants politiques et de la société civile, y compris des manifestations de grande ampleur, voire des grèves générales.

Perception Internationale

     La nomination d'un Premier ministre issu d'un parti d'extrême droite pourrait nuire aux relations diplomatiques de la France, notamment avec les pays de l'Union européenne et les alliés traditionnels. Cela pourrait compliquer les négociations et la coopération internationale,

Impact sur l'Image de la France

     La perception de la France à l'étranger pourrait être affectée négativement, impactant les investissements étrangers et les relations économiques.

Instabilité Institutionnelle et crise gouvernementale

     Si Bardella tente de mettre en œuvre les politiques du RN, il pourrait rencontrer une forte résistance au sein du parlement, des institutions publiques et de la haute fonction publique, ce qui pourrait conduire à une paralysie institutionnelle.

Dissensions Internes

     Même au sein du RN, il pourrait y avoir des tensions sur la manière de gérer le pouvoir exécutif, surtout si certaines décisions ou approches suscitent des désaccords internes.

Impact Économique et réactions des marchés

      Les marchés financiers et les investisseurs pourraient réagir négativement à la nomination de Bardella, craignant des politiques économiques incertaines ou radicales. Cela pourrait entraîner une volatilité accrue et une baisse de la confiance économique.

Politiques Protectionnistes

     Les positions du RN sur le protectionnisme et l'économie nationale pourraient influencer les relations commerciales, potentiellement nuisant à la compétitivité française sur le marché global.

Questions de Sécurité et d'ordre public

      Des groupes extrémistes ou militants opposés aux idées du RN pourraient intensifier leurs actions, menant à des confrontations violentes et une augmentation de l'insécurité.

Radicalisation des Discours

     La nomination de Bardella pourrait également légitimer des discours plus radicaux, ce qui pourrait exacerber les tensions sociales et communautaires.

Érosion de la Démocratie

     Si Bardella met en place des réformes controversées qui limitent les libertés publiques ou modifient les équilibres institutionnels (comme des réformes judiciaires ou constitutionnelles), cela pourrait être perçu comme une menace à la démocratie et à l'état de droit en France.

Pression sur les Médias

    Une éventuelle tentative de contrôler ou de restreindre la liberté de la presse pourrait susciter des inquiétudes et des résistances au sein des médias et de la société civile.

 

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      Cette perspective nous conduit à réfléchir plus largement sur le climat politique actuel et sur les dynamiques qui favorisent l'émergence de figures politiques controversées. C'est dans ce contexte que l'analyse de Roland Gori dans La Fabrique des imposteurs devient particulièrement pertinente. Gori décrit comment nos sociétés modernes, par leur obsession de l'apparence, de l'opportunisme et des illusions, fabriquent des imposteurs. Cette observation éclaire les mécanismes par lesquels des politiciens comme Bardella peuvent prospérer et atteindre des positions de pouvoir, malgré les risques et les divisions qu'ils peuvent engendrer. Je ne dis pas que Bardella est un imposteur, cela va de soi, mais, à la manière du philosophe, j'essaie simplement de comprendre un phénomène politique, illustrant de manière concrète comment des candidats peuvent, malgré des discours controversés et divisifs, capter l'attention des médias et s'imposer dans le débat public.

       Voici ce qu'écrivait Roland Gori dans  La Fabrique des imposteurs, en 2013
"L’imposteur est aujourd’hui dans nos sociétés comme un poisson dans l’eau : faire prévaloir la forme sur le fond, valoriser les moyens plutôt que les fins, se fier à l’apparence et à la réputation plutôt qu’au travail et à la probité, préférer l’audience au mérite, opter pour le pragmatisme avantageux plutôt que pour le courage de la vérité, choisir l’opportunisme de l’opinion plutôt que tenir bon sur les valeurs, pratiquer l’art de l’illusion plutôt que s’émanciper par la pensée critique, s’abandonner aux fausses sécurités des procédures plutôt que se risquer à l’amour et à la création. Voilà le milieu où prospère l’imposture ! Notre société de la norme, même travestie sous un hédonisme de masse et fardée de publicité tapageuse, fabrique des imposteurs."

    Roland Gori dressait un portrait saisissant de la manière dont nos sociétés modernes favorisent l'émergence et la prospérité des imposteurs. À travers cette réflexion, il devient évident que chaque homme politique est un imposteur en puissance, conditionné par les structures et les attentes sociétales qui privilégient l'apparence et l'opportunisme sur l'intégrité et la vérité. Et ceci vaut pour tous les populismes, y compris, bien évidemment les discours de La France Insoumise, parti souvent accusé d'antisémitisme par ses opposants, y compris par le président Macron le 12 juin dernier, lors d’une conférence de presse, au Pavillon Cambon, à Paris, Emmanuel Macron reprochant à LFI d'avoir créé un "désordre parfois constant" et "inquiétant" au Palais Bourbon, accusant en outre "l'extrême gauche" d'"antisémitisme" et d'"antiparlementarisme". Puis, au lendemain de cette tragédie concernant cette jeune fille de confession juive à Courbevoie, ce fut au tour du ministre de la justice, le 19 juin, de vitupérer Jean-Luc Mélenchon pour ses précédentes déclarations concernant "l'antisémitisme résiduel".

      Développons maintenant un peu cette analyse de l’ouvrage de Roland Gori, pour tenter d'y voir plus clair dans cette puissante métaphore.

La primauté de la forme sur le fond

   

     Gori mettait en avant une observation essentielle : la forme prime sur le fond dans nos sociétés. En politique, cela se traduit par une préférence pour les discours bien ficelés, les images soigneusement construites et les campagnes de communication astucieuses plutôt que pour des actions concrètes et substantielles. Les politiciens sont souvent jugés sur leur capacité à charmer et à séduire l'électorat, plutôt que sur leur aptitude à gouverner avec compétence et probité. Cette réalité crée un terrain fertile pour l'imposture, où la façade devient plus importante que le contenu.

La valorisation des moyens au détriment des fins

    Selon Gori, notre société valorise les moyens plutôt que les fins, une tendance qui se manifeste particulièrement dans le monde politique. Les campagnes électorales, par exemple, sont souvent marquées par des stratégies marketing sophistiquées qui visent à manipuler l'opinion publique, plutôt qu'à présenter un programme politique solide et réaliste. Les politiciens se concentrent sur la manière d'obtenir et de conserver le pouvoir, souvent au détriment des objectifs à long terme et du bien-être collectif. Cette approche opportuniste renforce l'idée que l'imposture est non seulement tolérée, mais encouragée.

L'apparence et la réputation : nouveaux critères de mérite

    Gori souligne également que l'apparence et la réputation ont supplanté le travail et la probité comme critères de mérite. En politique, cela se traduit par une obsession pour l'image publique et la popularité instantanée. Les réseaux sociaux, les sondages d'opinion et les médias jouent un rôle crucial dans la construction de cette image, souvent au détriment de la vérité et de la transparence. Les hommes politiques sont donc poussés à cultiver une image flatteuse, parfois trompeuse, pour rester pertinents et attractifs aux yeux des électeurs.

Le pragmatisme opportuniste au détriment du courage de la vérité

   Le pragmatisme opportuniste est une autre caractéristique de l'imposture politique identifiée par Gori. Les politiciens sont souvent prêts à modifier leurs positions et leurs promesses pour s'aligner avec les tendances et les attentes fluctuantes de l'opinion publique. Cette flexibilité, bien qu'elle puisse sembler pragmatique, montre un manque de conviction et de courage pour défendre des valeurs et des vérités parfois impopulaires. L'opportunisme devient ainsi une stratégie de survie, confirmant la tendance à l'imposture.

L'art de l'illusion et la pensée critique

     Gori affirmait que notre société préfère l'art de l'illusion à l'émancipation par la pensée critique. En politique, cela se traduit par des campagnes électorales qui privilégient les slogans accrocheurs et les promesses simplistes plutôt que les débats approfondis et les analyses rigoureuses. Les électeurs sont souvent séduits par des solutions rapides et des réponses simplistes à des problèmes complexes, ce qui encourage les politiciens à adopter des tactiques trompeuses et superficielles pour gagner leur soutien.

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      En résumant les arguments de Roland Gori, il apparaît que chaque homme politique est effectivement un imposteur en puissance, façonné par une société qui valorise l'apparence, l'opportunisme et la conformité au détriment de la vérité, de la probité et de l'innovation.

Cette analyse invite à une réflexion profonde sur les mécanismes sociétaux qui favorisent l'imposture et sur les moyens de réformer notre culture politique pour promouvoir l'intégrité et la véritable compétence.

        Demain, au moment de voter, il conviendra de se demander si nous faisons le bon choix.

© Jean-Michel Cohen-Solal

 

New York, le 23 juin 2024, Jean-Michel Cohen-Solal

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